Après les drames, la colère sociale gronde dans la police

Jeudi dernier, j’étais à Theux pour rendre un dernier hommage à mon collègue
Amaury Delrez, le policier assassiné lors d’un contrôle à Spa quelques jours plus tôt.

En prenant la direction de la petite église locale, je croise de nombreux collègues
venus de tout le pays saluer la mémoire de leur collègue disparu.

L’immense haie d’honneur, constituées de tous ces collègues des 4 coins du pays et
qui accompagnait Amaury vers le lieu de son dernier hommage me fait frissonner.

Elle représente tellement bien l’esprit d’unité nationale et de reconnaissance qui
règne au sein de notre police.

Tous les collègues de la zone de police des Fagnes sont bien entendu présents ; mais
aussi les membres du Peloton Anti-Banditisme et des collègues la zone de Liège,
durement touchés il y a à peine 3 mois par le meurtre de nos collègues Lucile et
Soraya.

Le visage fermé, les lèvres serrées, les yeux rougis pour certain(e)s, l’heure est au
recueillement même si la colère est bien présente aussi, mais une colère que personne
ne veut exprimer en ce jour de deuil.

Une colère tellement il est injuste de perdre la vie dans ces circonstances, lors d’un «
simple contrôle », en faisant « simplement » son job.

Son travail, il l’avait certainement choisi, comme beaucoup d’entre nous, car c’est un
des plus beaux métiers du monde. Un métier empreint de valeurs nobles : protéger,
sauver, aider, prévenir, accompagner les jeunes, les plus âgés, les plus forts comme
les plus fragiles. Mais c’est aussi un métier qui n’est malheureusement pas sans
risques et même s’il les connaissait, il n’en demeure pas moins que sa mort est
profondément injuste au regard des missions qui étaient les siennes et de la manière
dont il s’en acquittait.

Et à ce titre, cet assassinat doit faire l’objet d’une approche intransigeante dans
laquelle toutes les professions représentatives de l’Etat de droit doivent être protégées
et où les agresseurs et autres meurtriers doivent être punis avec la plus grande
sévérité.

Mais cette colère, en ce qui me concerne dépasse largement le cadre de ce fait divers
tragique. Elle est, en effet, aussi induite par la divergence des discours de nos
responsables politiques en place.

D’une part, ils saluent le travail, le courage, l’abnégation des forces de l’ordre et
s’enorgueillissent d’avoir une telle police mais à contrario ils n’ont de cesse de
réformer le statut du policier.

Il est évidemment de bon ton pour le Ministre de l’Intérieur, lors de tragiques
événements tels ceux vécus à Liège ou à Spa, de remercier les policiers pour le
travail effectué au quotidien dans des conditions souvent bien difficiles mais il lui est
plus difficile d’engager les mesures nécessaires afin de permettre à ces mêmes
policiers de travailler dans des conditions optimales de sécurité et de bien-être.
Cette colère est donc aussi le signe que le policier attend plus de RESPECT et plus de
CONSIDÉRATION de la part des autorités de tutelle de ce pays !

Respect d’une profession dont le statut est donc mis à mal depuis plusieurs années. Il
y a en effet quatre ans, une décision de la Cour constitutionnelle change le régime des
pensions de l’ensemble des policiers. Mais qu’avez-vous fait pour rétablir les acquis
de cette profession régalienne unique au sein de l’Etat.

Alors que nos policiers attendent depuis dix-huit ans une revalorisation salariale…
Vous arrivez péniblement avec une mesure correctrice pour certains et rien pour les
autres. Pire, vous engagez la suppression de dix-neuf allocations et indemnités
auxquelles n’aurons pas les nouveaux arrivés !!!

Faut-il voir là une stratégie du « diviser pour mieux régner » ?

Mais ce n’est malheureusement pas tout ! Le gouvernement vient en effet d’annoncer
que les policiers seraient dorénavant également concernés par la mesure visant la
réforme du cumul des jours de congé de maladie.

Et c’est sans compter sur le fait qu’après une réduction des engagements de policiers
en début de législature, vous arrivez à peine actuellement à corriger le tir puisqu’il
manque toujours au moins 3700 policiers sur le territoire. Tout le monde s’accorde à
dire que la norme de financement KUL (La norme « KUL » a été définie en 1993-
1994, et elle est une clé de répartition et de financement de la capacité policière entre
les communes depuis la Réforme des polices.) est complètement dépassée mais rien
n’est fait et aucune décision prise pour revoir celle-ci !

Enfin, cerise sur le gâteau du Ministre de l’Intérieur, un projet de nouveau statut
disciplinaire qui vise à simplifier la procédure visant à sanctionner plus facilement
ceux que vous encensiez encore ces jours derniers.

L’ensemble de la profession policière vous demande donc une véritable
reconnaissance, un véritable respect allant bien au-delà des mots et se traduisant par
des actes et des décisions permettant à chacun de s’épanouir en assurant la sécurité
des citoyens.

Eddy QUAINO
Permanent Police
CGSP Admi

 

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