En Belgique, la démocratie se meurt.

Hier, nous avons étés reçus au Parlement wallon et au cabinet du Ministre fédéral de l’emploi. Hier, nous avons été témoins d’une démocratie à deux vitesses.

Reçus en début de journée à Namur par une quinzaine de députés PS, CDH et Ecolo, nous avons eu l’occasion d’exprimer nos inquiétudes et de livrer des témoignages concrets par rapport aux répercussions des mesures prises par le gouvernement fédéral en matière d’emploi…ou plutôt d’exclusion, le mot nous semble plus approprié. Tous les Parlementaires nous ont assuré qu’ils feraient de leur mieux pour faire de l’emploi une priorité en Wallonie, citant le Plan Marshall ou les initiatives de la déclaration de politique régionale… initiatives pour l’emploi des jeunes programmées seulement pour 2017, pour raisons budgétaires. En effet, 600 millions d’euros d’économies exigées par le fédéral (situation aggravée par l’insuffisance des moyens transférés), ça n’aide pas à créer des emplois. Il reste pourtant fort heureusement la possibilité de faire des choix: pour le CDH, en tentant par exemple d’avancer les mesures pour l’emploi des jeunes à 2016 ; pour le PS et Ecolo en contestant le fait que le fédéral revienne sur des droits acquis. Nous leur avons proposé d’autres possibilités encore : créer des emplois réels par la réduction collective du temps de travail avec maintien des salaires et embauche compensatoire, en renforçant les services publics, premier pouvoir d’achat de la population et source d’emplois de qualité, et en conditionnant les aides à l’embauche à des contrats à durée indéterminée (avec obligation de remboursement des aides en cas d’abus de la part des employeurs). Mais ce n’est pas tout, il faut encore avoir le courage de tout mettre en œuvre pour faire abroger les mesures injustes et ineptes du gouvernement fédéral qui freinent l’économie, appauvrissent la population wallonne (et en particulier les femmes), relèguent au banc de la société les travailleurs sans emplois, les jeunes, les âgés et les immigrés et, en outre, précarisent l’ensemble des travailleurs en dégradant leurs conditions de travail et de rémunération.

Plusieurs députés wallons, du PS et d’Ecolo ont signé un engagement allant dans le sens de nos revendications. Nous serons vigilants bien évidemment à ce qu’ils tiennent ces engagements. Car il ne suffit pas de belles promesses, de celles que l’on a toutes et tous entendues lors de la campagne pré-électorale concernant l’emploi et en particulier l’emploi des jeunes. Nous ne sommes pas dupes, le gouvernement Di Rupo a mis en œuvre une partie des mesures, celles que nous condamnons et contre lesquelles nous nous sommes très souvent levés depuis janvier 2012. Si certains ont le cœur qui saigne, pour nous, très clairement, il n’est plus temps de se lamenter mais d’agir !

Quant aux députés MR, ils ont brillé de leur absence. Aucun d’entre eux n’a pris la peine de répondre à notre interpellation. Ils avaient pourtant été invités, au même titre que l’ensemble des Parlementaires wallons. D’autant plus que les députés wallons du MR étaient les plus indiqués pour nous entendre et nous expliquer la politique fédérale, puisqu’ils y prennent une part active… Mais c’était sans compter le mépris et le dédain auquel ils nous ont habitués. Quel déni de démocratie au sein même du lieu qui la consacre ! Qui représentent-ils finalement ces députés ? Ni les jeunes, ni les femmes, ni les travailleurs sans emploi, ni les immigrés, ni les prépensionnés et les pensionnés, ni les travailleurs,… En fin de compte, ils ne représentent que très peu la population wallonne et ne la respectent pas. Méritent-ils leur place de seul parti wallon au sein du gouvernement fédéral ?

L’après-midi, rejoints par les Jeunes Bruxellois et les ABVV Jongeren, nous avons été reçus à Bruxelles au cabinet du Ministre fédéral de l’emploi, Kris Peeters. Une fois de plus, l’interlocuteur idéal, celui qui aurait pu répondre à nos questions, à savoir le Ministre lui-même n’a pas pris la peine de nous recevoir (malgré que le rendez-vous fût pris depuis plusieurs semaines), déléguant son rôle à une attachée. La délégation a évidemment fait part des mêmes remarques que celles exprimées le matin, avec cette différence que cette fois nous attendions des réponses claires du Ministre quant aux objectifs poursuivis par le gouvernement qu’il représente.

Aussi, à la question du respect des interlocuteurs sociaux, sa représentante a répondu que le Ministre respectait la concertation sociale mais que l’accord de gouvernement devait être exécuté.

A la question de la prise en compte des inquiétudes et surtout des intérêts des Wallons – les plus durement touchés par les mesures – dans l’accord de gouvernement, elle assure que les Régions sont et seront concertées (information tempérée, voire démentie par les parlementaires wallons le matin même), mais que chaque gouvernement reste responsable pour son niveau de pouvoir…

En gros, c’est « cause toujours », du moment que cela reste dans le sens de l’accord de gouvernement ou bien pour y négocier des points et des virgules.

Enfin, à la dernière question que nous lui avons posée, à savoir nous citer ne serait-ce qu’UNE seule mesure de l’accord de gouvernement qui soit créatrice d’emploi, la représentante du Ministre fédéral de l’emploi a été incapable de nous répondre. Le Ministère de l’emploi est dans l’incapacité de défendre son accord de gouvernement et de redonner espoir aux travailleurs avec ou sans emplois, actifs ou inactifs.

A l’issue de la réunion, l’un de nos militants a remis une lettre à l’attention du Ministre, dans laquelle nous réitérons nos questions, particulièrement celles liées à la création d’emploi (et surtout quels emplois ?). Nous attendons un second rendez-vous en la présence du Ministre cette fois pour y répondre.

Mais nous espérons surtout qu’il retiendra que nous refusons d’être pris pour des pigeons, que l’on nous manque de considération, que nous ne soyons ni entendus par la concertation, ni par la voie de la représentation démocratique de notre région. Le gouvernement fédéral n’a d’écoute que pour les riches, le patronat et pour ceux qui utilisent les disparités communautaires pour assoir leurs propres intérêts, contre la solidarité. Nous ne le tolèrerons pas, nous avons non seulement une fierté mais nous avons également des envies et des solutions. Nous ne cesserons jamais de nous battre pour nous faire entendre, jusqu’à ce que notre projet de société soit enfin mis sur la table.

Pour les travailleurs sans emploi, les femmes, les travailleurs immigrés, les prépensionnés et pensionnés et les Jeunes de la FGTB Wallonne,

SCIACCHITANO Angela